es mains sur le volant. Les yeux sur les rétros. Le pied droit sur la pédale de frein, et le gauche sur la pédale d'embrayage. Je me gare, tourne la clé, ouvre la portière, et sors. Suis sûr d'avoir oublié quelque chose... Les phares! Ah oui, les phares! Je rouvre la portière, me rassois. J'éteint mes phares. Ca aurait pu être pire, j'aurais pu écraser un piéton, finir dans le fossé, ou encore griller un stop. Je ferme à clé, vive la fermeture centralisée. Sa maison. Toujours la même. Toujours ce vieux portail grinçant. Ces marches trop petites. Sa sonnette...
- T'es déjà là?
- J'suis en avance?
- Non, justement. C'était de l'ironie. Alors cette voiture?
- Le pied! Enfin, mis à part qu'il me manque la direction assistée, j'ai aussi une fenêtre qui reste toujours entrouverte, et des pédales de frein assez capricieuses. Mais sinon cette voiture est géniale. Et, cerise sur le gâteau, fermeture centralisée!
- Ca fait toute la différence! Vas-y rentre.
Son entrée. Avec la coupelle posée sur la petite tablette pour ranger les clés, le miroir beaucoup trop bas, et son paillasson avec marqué dessus en grosses lettres vertes "Welcome".
- Ca va? T'as l'aire songeur.
- Moi?
- Oui, toi.
- En ce moment je me sens pas très bien. Le bac, le stress, les révisions...
- C'est pour tout le monde la même chose.
- Je sais, mais il y a tout ça et puis... je sais pas. On va devoir partir dans quelques mois. On se verra plus autant. Et, j'ai l'impression qu'il faut que j'imprime le plus de choses possibles dans ma tête pour ne rien n'oublier.
- T'as peur d'oublier la laideur de mon paillasson?
- Quoi?
- Oui, tu le fixais là.
- Désolé, je dois paraître complètement bizarre en ce moment.
Son sourire. J'ai toujours aimé ce petit sourire.
- Tu sais que Julie passait son permis aujourd'hui?
- Merde, j'ai complètement oublié!
- Comment t'as fait? Sérieusement, elle faisait que d'en parler la semaine dernière. J'espère qu'elle l'a eu... Enfin quoique ça m'étonnerait! Tu veux boire quelque chose?
- Non merci, ça va. Au fait, t'as trouvé un travail pour cet été?
- Justement je voulais t'en parler. Je... J'ai trouvé un endroit où on veut bien de moi.
- C'est super!
- Ouais...
Son regard. Ce regard là, timide et peureux. Ce regard là c'est pas bon signe.
- C'est à Paris.
- A Paris? T'as trouvé un emploi à Paris?
- Oui mais c'est vraiment ce que je recherchais, j'ai été prise pour tout l'été comme assistante d'un assistant d'une personne. Je sais plus qui c'est mais elle est super célèbre dans le milieu.
- C'est ça que tu veux faire? Devenir l'assistante de l'assistant?
- Non, biensur. Mais il faut que je passe par là pour pouvoir devenir journaliste.
- Tu sais, je suis sûr que si t'avais demandé à ton père il aurait pût te trouver quelque chose beaucoup plus pret.
- Non. Je voulais me débrouiller toute seule.
- Résultat, on se verra pas des vacances. Je croyais qu'on avait encore quelques mois à rester ensemble.
- Je suis désolée. Je pensais que ça te rendrait heureux. Enfin j'ai trouvé quelque chose qui me plait.
- C'est pas ça.
Les silences. Nos silences, je les ai jamais aimé, aussi rares soient-ils.
- Il nous reste encore trois semaines avant que je parte.
- Trois semaines?
- C'est la chance de ma vie, je peux pas la laisser passer.
- Trois semaines...
Je sais. J'ai tord de réagir comme ça. J'aurais dû l'encourager, lui montrer que je suis avec elle. Et puis, je le savais, elle a toujours été ambitieuse ; c'est aussi pour ça qu'elle me plaît. Je sais qu'elle ne veut pas finir journaliste dans le Ouest France, à sillonner les routes de Bretagne pour interviewer des hommes de chantier qui construisent une nouvelle route nationale, ou des mamies qui fêtent leur centième anniversaire. Je le savais. Et je sais que j'ai tord de réagir comme ça...
- Tu m'en veux?
- Non... Tu sais, je suis content pour toi. C'est une opportunité à ne pas manquer. Et puis tu reviendra après. T'as reçu la réponse de l'école de Brest?
- Oui, j'ai reçu celle de Brest, et une autre aussi, d'une meilleure école, qui prépare bien, qui sait ce qu'elle fait, enfin, qui a une bonne renommé... sur Paris. Ils m'ont prisent.
- Ah.
- Laurent...
- Je suis content pour toi. Sincèrement.
- ...
- Mais, trois semaines, et... et plus encore!
- Je t'appellerais, et j'essaierais de venir le plus souvent possible. D'accord?
- Est-ce que j'ai le choix? Si jamais je te disais là de ne pas partir, tu m'écouterais?
- Tu me le demanderais?
- Non, biensur. Je t'aime trop pour ça.
Ses yeux. Sa main. Sa bouche. Son parfum. Ses baisers.
- T'es déjà là?
- J'suis en avance?
- Non, justement. C'était de l'ironie. Alors cette voiture?
- Le pied! Enfin, mis à part qu'il me manque la direction assistée, j'ai aussi une fenêtre qui reste toujours entrouverte, et des pédales de frein assez capricieuses. Mais sinon cette voiture est géniale. Et, cerise sur le gâteau, fermeture centralisée!
- Ca fait toute la différence! Vas-y rentre.
Son entrée. Avec la coupelle posée sur la petite tablette pour ranger les clés, le miroir beaucoup trop bas, et son paillasson avec marqué dessus en grosses lettres vertes "Welcome".
- Ca va? T'as l'aire songeur.
- Moi?
- Oui, toi.
- En ce moment je me sens pas très bien. Le bac, le stress, les révisions...
- C'est pour tout le monde la même chose.
- Je sais, mais il y a tout ça et puis... je sais pas. On va devoir partir dans quelques mois. On se verra plus autant. Et, j'ai l'impression qu'il faut que j'imprime le plus de choses possibles dans ma tête pour ne rien n'oublier.
- T'as peur d'oublier la laideur de mon paillasson?
- Quoi?
- Oui, tu le fixais là.
- Désolé, je dois paraître complètement bizarre en ce moment.
Son sourire. J'ai toujours aimé ce petit sourire.
- Tu sais que Julie passait son permis aujourd'hui?
- Merde, j'ai complètement oublié!
- Comment t'as fait? Sérieusement, elle faisait que d'en parler la semaine dernière. J'espère qu'elle l'a eu... Enfin quoique ça m'étonnerait! Tu veux boire quelque chose?
- Non merci, ça va. Au fait, t'as trouvé un travail pour cet été?
- Justement je voulais t'en parler. Je... J'ai trouvé un endroit où on veut bien de moi.
- C'est super!
- Ouais...
Son regard. Ce regard là, timide et peureux. Ce regard là c'est pas bon signe.
- C'est à Paris.
- A Paris? T'as trouvé un emploi à Paris?
- Oui mais c'est vraiment ce que je recherchais, j'ai été prise pour tout l'été comme assistante d'un assistant d'une personne. Je sais plus qui c'est mais elle est super célèbre dans le milieu.
- C'est ça que tu veux faire? Devenir l'assistante de l'assistant?
- Non, biensur. Mais il faut que je passe par là pour pouvoir devenir journaliste.
- Tu sais, je suis sûr que si t'avais demandé à ton père il aurait pût te trouver quelque chose beaucoup plus pret.
- Non. Je voulais me débrouiller toute seule.
- Résultat, on se verra pas des vacances. Je croyais qu'on avait encore quelques mois à rester ensemble.
- Je suis désolée. Je pensais que ça te rendrait heureux. Enfin j'ai trouvé quelque chose qui me plait.
- C'est pas ça.
Les silences. Nos silences, je les ai jamais aimé, aussi rares soient-ils.
- Il nous reste encore trois semaines avant que je parte.
- Trois semaines?
- C'est la chance de ma vie, je peux pas la laisser passer.
- Trois semaines...
Je sais. J'ai tord de réagir comme ça. J'aurais dû l'encourager, lui montrer que je suis avec elle. Et puis, je le savais, elle a toujours été ambitieuse ; c'est aussi pour ça qu'elle me plaît. Je sais qu'elle ne veut pas finir journaliste dans le Ouest France, à sillonner les routes de Bretagne pour interviewer des hommes de chantier qui construisent une nouvelle route nationale, ou des mamies qui fêtent leur centième anniversaire. Je le savais. Et je sais que j'ai tord de réagir comme ça...
- Tu m'en veux?
- Non... Tu sais, je suis content pour toi. C'est une opportunité à ne pas manquer. Et puis tu reviendra après. T'as reçu la réponse de l'école de Brest?
- Oui, j'ai reçu celle de Brest, et une autre aussi, d'une meilleure école, qui prépare bien, qui sait ce qu'elle fait, enfin, qui a une bonne renommé... sur Paris. Ils m'ont prisent.
- Ah.
- Laurent...
- Je suis content pour toi. Sincèrement.
- ...
- Mais, trois semaines, et... et plus encore!
- Je t'appellerais, et j'essaierais de venir le plus souvent possible. D'accord?
- Est-ce que j'ai le choix? Si jamais je te disais là de ne pas partir, tu m'écouterais?
- Tu me le demanderais?
- Non, biensur. Je t'aime trop pour ça.
Ses yeux. Sa main. Sa bouche. Son parfum. Ses baisers.
Tout me plaisait chez elle.